dimanche 21 mars 2010

CIRRUS N°1

Ceux qui ont eu la gentillesse de suivre mes précédentes aventures se rappelleront mon premier contact avec un SR20. Franchement, l'avion ne m'avait pas tout à fait séduit, c'est le moins qu'on puisse dire. J'avais donc fait une croix définitive sur les Cirrus pour mon prochain achat d'avion. C'était sans compter sur la météo et la gentillesse de M-O.



Histoire de me dérouiller le manche, oui les avions sont des objets phalliques, j'avais prévu ce dimanche de faire un tour à Dieppe en passant par les falaises puis retour à Lognes via le transit de Creil. Au cap et à la montre s'il vous plait, pour rafraichir un tant soit peu mes compétences de navigateur à vue, compétences un peu rouillées suite à l'acquisition récente d'un nouveau GPS. Oui j'achète l'avionique avant l'avion, et alors?. C'était sans compter le changement climatique qui a eu lieu entre les prévisions météo de samedi après midi et le ciel du dimanche matin. J'avais sans doute rejeté un peu trop de CO² dans l'atmosphère cette nuit là.

Après avoir décidé plusieurs fois de suite d'attendre pour voir si le temps n'allait pas se lever un peu, j'étais sur le point d'aller me recoucher pour de bon quand l'ami M-O à fait signe de Toussus L'Ignoble (© M-O): "Je suis à la tour avec un SR20 et les pleins, ça te dis de venir faire le passager avec moi, il y a sans doute V qui va venir aussi". Tu penses si je vais venir faire le passager.... Faut dire que M-O, il est IFR. Du coup aujourd'hui pour lui il fait beau.

Donc Toussus-Le-Noble Rouen, un saut de puce juste au dessus des nuages, le cul dans le coton, un régal.



Après un sandwiche au resto de Rouen, au moment du café M-O nous demande:
- Ça vous dit d'aller où maintenant?"
Moi, têtu, j'avais Dieppe en tête depuis trois jours, je n'allais pas m'avouer vaincu:
- "Heu, j'irais bien à Dieppe en passant par les falaises, s'il vous plait, si ça vous dit?"
- M-O: "V tu es d'accord?"
- V: "Dieppe, ça me va, impeccable"
M-O, s'adressant à moi:
- "Ça se lève, on va y aller en VFR. Ça te dis de piloter?"
Moi tout fièrot:

- "Piloter le SR20, bien sûr, super content, au contraire, pas de problème".(A l'intérieur c'est beaucoup moins fièrot. Je balise même pas mal et le temps de redescendre sur le tarmac je suis tout mollasson dans mes godasses avec un petit centrifugeur dans le plexus)

J'arrive tout de même à me hisser dans l'avion et là, putain de dieu, je réalise l'énormité de ce qui m'arrive. Je suis en train de m'apprêter à faire décoller un Cirrus alors qu'il y a dix minutes je n'étais même pas au courant que j'en étais capable. C'est qu'il me faut un peu d'anticipation d'habitude. J'aime bien calculer, envisager, préparer, peser, choisir, hésiter, me forger peu à peu un tableau de ce que je vais avoir à faire avant de m'y coller. Là rien.... Pif Paf Pouf, me voilà aux commandes et il faut y aller. (ca continue à s'agiter pas mal du côté du nerf vague).

A part mon casque, je suis venu les mains dans les poches. Alors pour tenter de m'organiser un minimum je commence à faire la manche et à taper un peu de matos à mes deux complices.
-"Vous n'avez pas une carte du coin par hasard? j'aimerais bien avoir une carte pour voir un peu la direction que je vais prendre"
-V:"Tiens j'ai la carte à Bossy, voilà"
-"Et un bout de papier? Un stylo?"

Pour m'aider et faire avancer un peu l'action, V, de la place arrière capte l'atis sur sa radio de secours. Me voila griffonnant des infos pèle-mêle sur une planche de bord prêtée, lisant une carte inhabituelle, dans un avion inconnu, sur un aéroport inconnu, dans un pays inconnu sur une planète lointaine dans un univers hostile...... Il faut que je me reprenne, il faut que je me reprenne.



Pendant que je me reprends, V demande la mise en route sur sa radio, et j'avoue que ça me passe un peu au dessus de la tête, car je n'ai pas trop l'habitude que mon passager arrière fasse la radio et que comme M-O et V ont l'air rodés à la manip, en même temps qu'ils me passent les paramètres un peu en anglais un peu en français,
ils bavardent. À un moment il m'a même semblé entendre le mot "bizutage". En tout état de cause, je suis déjà bien largué avant de faire démarrer le bijou.

Ça y est, je me suis repris. Sous la direction attentionnée de M-O, je démarre la bête. Puis je prends contact avec la tour: "Rouen de November ..... Alpha Tango, bonjour". Ha quel soulagement, je l'ai bien dit, pas d'erreur de phraséologie, rien, nickel. Sauf que la tour ne me répond pas.... M-O: "C'est normal, tu les a déjà contacté ils s'attendent à une demande de ta part". Je les ai déjà contactés? Ha oui ça y est ça me revient, V, du fond de la banquette arrière, leur a dit bonjour pour demander la mise en route.

Au roulage au début je vais un peu tout droit, un peu de biais, sans que cela semble coordonné à mes actions sur les palonniers. C'est normal, la roulette avant n'est pas conjuguée. Il faut y aller au frein. Au point d'arrêt il faut couper le moteur (parachutage) puis le redémarrer et enfin recevoir la clairance. Je suis tout à fait repris là pour le coup et c'est d'un ton assuré que je collationne ma clairance: "Je m'aligne et je décolle, piste 22, Novembre Alpha Tango". Malheureusement dix années assidues de piano ne m'ont pas préparé au joystick multitouches du Cirrus et mon pouce, comme un taureau attiré par le rouge, s'évertue à appuyer sur le bouton de désengagement de l'Auto-Pilote plutôt que de laisser l'index s'occuper du bon bouton. J'ai beau désengager l'auto-pilote, la tour ne me reçoit pas...... Sans M-O, on y serait encore.

Je m'excuse auprès de la tour en faisant part d'un problème de PTT ce qui met tout le monde de bonne humeur dans l'avion, sûrement aussi dans le Pilatus qui fait les largages sur Rouen et jusque dans la tour très probablement. Je me re-reprends et c'est parti mon kiki, je décolle, youpi youpi.

Une fois là haut tout deviens beaucoup plus facile. Tant je ne regarde pas les instruments, car c'est un peu comme pour la peinture moderne ou le free-jazz, ça demande un certain apprentissage avant de pouvoir apprécier, au départ, c'est tout de même un peu opaque. Le circuit visuel habituel est complètement inop, les infos sont là mais ailleurs, digitales plutôt qu'analogiques et ont tendances à sauter d'un écran à l'autre. Du coup après que cela soit devenu beaucoup plus facile c'est devenu beaucoup plus compliqué!

Un exemple parmi d'autres. Impossible de réintuitiver, si je puis dire, l'indication de la bille. Il me faut faire un effort à chaque fois pour la localiser dans ce coin inhabituel du panneau. Une fois localisée, cette dernière (la bille) suit l'inclinaison et cela contrarie mon habitude de la voir donner une indication par rapport à un point d'équilibre immobile et constant. Autant dire que ma tenue de symétrie est quelque peu approximative.

Heureusement que très rassurant M-O est là, juste à côté de moi. Tout en me laissant une très large autonomie de décision et de pilotage, il me donne de temps à autre le petit coup de main nécessaire, juste au bon moment. C'est à dire quand je commence à pédaler en sur multiplié....

Mais vaille que vaille, et à 150kn ça vaille plutôt bien, nous approchons de Dieppe après avoir bien évité la ZIT. Ou bien est-ce déjà une zone P? L'avis des deux experts dans l'avion diverge, la ZIP donc de St Valery. Merci encore mille fois au contrôle de Deauville qui m'a rappelé juste à temps l'existence de cette zone dont j'ignorais absolument la présence dans le coin... Ha ha ha, c'est pour rire et être un peu sarcastique.

Après tout ils font leur travail, ils doivent avoir des consignes, vaut mieux prévenir que guérir, il faut qu'ils fassent attention à tous ces VFR inconscients qui, sinon, vont aller s'écraser par centaines sur le noyau de nos belles centrales. Je n'y peux rien, mon côté sarcastique revient au galop.

Moi: "Quelqu'un dans le coin aurait-il par hasard une carte VAC de Dieppe? Ça m'arrangerait pas mal."
M-O: "Tiens voila la Jeppesen."
Moi: "Gloups....."

Me voila plongé dans le décodage de la Jeppsen. Je reconnais bien la forme générale de l'aérodrome mais tout ces petits symboles me sont assez étrangers. C'est quoi ce truc noir là près de la piste? Ha non, ce n'est pas la piste, c'est un taxiway. Bon, donc, truc noir égal hangar, ca y est je sais lire les cartes Jeppesen. Merde, je n'arrive même pas à localiser la manche à air sur ce truc. Qu'est-ce que cela va être arrivé sur le terrain? Qui est à combien maintenant au fait? Où est donc cette foutu ETE sur ces télévisions? Ha ben oui maintenant que M-O me les montre il y en a de partout des ETE, faut vraiment que je sois gauche!



Quand je relève le nez je cherche le terrain au lointain, il était à mes pieds. Pendant que je décryptais les carrés noirs, l'avion avançait et plutôt vite. Virage à gauche pour tourner autour des hangars et voir la manche à air, piste 31 en service, vent de la gauche. Je m'annonce vertical pour intégration en début de vent arrière, descends bien comme il faut à 1300 pieds, tout va bien (pour l'instant comme on dit). En effet V me signale que je suis encore à 150kn et que c'est sans doute un peu rapide pour débouler en vent arrière. C'est que je n'ai pas l'habitude d'avoir à ralentir avant le tour de piste moi, n'en ayant jamais eu besoin avant je n'y avais jamais pensé, quel con je fais. C'est pas le tout de philosopher il faut ralentir et là, alors que c'est tout de même la chose la plus simple du monde, je n'ai plus aucune idée de comment il faut faire.

Je suis tellement conditionné tirer la réchauffe avant de réduire qu'en l'absence de la magique tirette et la chevillette cherra je n'arrive pas à passer à l'étape suivante. Avant de choir ou plutôt d'échouer M-O m'indique la mono manette et le cours à peu près naturel de la vie peut reprendre. Je réduis donc, un peu tard mais je réduis. Mais où se lisent donc les paramètres? la PA? quelle Pa? Pas de PA, plutôt du %power.

Trop tard pour finasser je suis déjà en dernier virage, en longue finale, bientôt en courte... M-O me signale qu'à cette vitesse on ne fera pas la piste. Maintenant que je sais où elle est, je cherche la manette, la trouve et réduis encore mais ça ne ralentis pas. Au moins ma trajectoire et mon axe sont corrects malgré un petit vent de travers. M-O me sauve
la mise une avant-dernière fois en me rappelant que pour ralentir il faut arrêter de piquer, je me remets donc un peu à plat, les 85kn désirés arrivent. Mais le seuil est déjà là, j'arrondis. "Bien à plat met" dit-on devant, "pas comme sur un Cessna!" me dit-on de l'arrière, palier au raz de la piste et je me pose impeccablement... trop à gauche de la piste, on aurait peut être bien mis une roue dehors sans un ultime petit coup de pied à droite de M-O au bon moment.

On n'a qu'a dire que je l'ai posé tout seul quand même. Mais ça demandera quelques tours de pistes....

Alors pour résumer, merci M-O et:

Première fois sur un Cirrus.
Première fois petit manche à gauche plein de boutons.
Première fois glass cockpit.
Première fois 150kn.
Première fois qu'il faut ralentir.
Première fois ailes basses.
Première fois
carte à Bossy en vol.
Première fois carte Jeppesen.
Et probablement pas la dernière fois que je suis largué loin derrière un avion.

Ci dessous la preuve que je n'invente pas tout (© http://20-100-video.blogspot.com/).



MK

P.S. Pour résumer autrement je dirais que je suis vachement content et que j'ai rajouté un Cirrus à la liste des avions que je vais bientôt m'acheter.



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